Bilan 2022 : renforcer la sécurité alimentaire à Nundu (Fizi) – ce que montre le rapport annuel

La sécurité alimentaire en contexte de déplacements forcés ne se résume jamais à “distribuer des intrants”. Elle exige une lecture fine des vulnérabilités, une exécution disciplinée, et surtout une stratégie de sortie crédible pour éviter l’effet “one shot”.
Le rapport annuel 2022 met en lumière une approche structurée : appui aux ménages déplacés et familles d’accueil, double saison agricole, suivi, et capitalisation communautaire.

Contexte : déplacements, chocs et pression sur les ménages

Dans la zone de santé de Nundu (territoire de Fizi), la situation décrite dans le rapport est marquée par des déplacements liés aux conflits intercommunautaires dans les hauts et moyens plateaux, et par des ménages affectés par les inondations (notamment liées au lac Tanganyika).​
Ce type de choc combiné a deux effets immédiats : la perte de moyens de subsistance (récoltes, outils, stocks) et la surcharge des familles d’accueil, ce qui dégrade rapidement la consommation alimentaire.​
Le rapport insiste aussi sur les impacts indirects : accès limité aux services (dont la santé), et risques nutritionnels (MAS/MAM) dans certaines aires de santé.​

CODEVAH : mission, expérience et logique d’intervention

CODEVAH (Comité pour le Développement et Assistance Humanitaire) est présenté comme une ASBL dont les statuts de création ont été enregistrés à Bukavu le 17 février 2001, et l’organisation est opérationnelle sur le terrain depuis 2003.​
Sa vision est formulée comme “un monde sans pauvreté” où chaque personne jouit du droit à une vie digne.​
Sa mission met l’accent sur l’assistance aux personnes vulnérables vers l’auto-prise en charge, via la sécurité alimentaire/nutritionnelle, le WASH, l’abri, l’accès aux infrastructures de qualité, avec un accent sur la protection et le relèvement communautaire.​

Le rapport rappelle également une trajectoire : d’abord centrée sur la logistique et la réhabilitation d’infrastructures, puis élargie (depuis 2014) vers une multi-sectorialité orientée sécurité alimentaire, WASH et protection/GBV au Sud-Kivu.​
À fin 2022, CODEVAH indique avoir mis en œuvre un total de 48 projets pour une enveloppe globale de 5 907 025 USD.​

Le projet FSL à Nundu : objectifs et couverture

Le rapport 2022 agrège trois projets réalisés “à cheval” entre 2021 et 2023, car la majorité des activités se sont déroulées en 2022.​
Pour la partie sécurité alimentaire qui nous intéresse ici, le projet “Appui en sécurité alimentaire…” (DRC-21HCG10SA1FSECNGO19291) s’est déroulé du 01/09/2021 au 31/08/2022.​
Il a été mis en œuvre dans 8 aires de santé de la zone de santé de Nundu : Nundu, Mboko, Kaboke II, Kenya, Abeka, Makobola, Kabumbe, Ake.​

Le rapport indique que 2001 ménages vulnérables ont été assistés, soit 17 655 bénéficiaires, avec une ventilation par sexe et âge (hommes, femmes, garçons, filles).​
Au cœur du ciblage initial : 1710 ménages déplacés et familles d’accueil, répartis par aire de santé (par exemple Nundu 260, Makobola 320, Kaboke 250, etc.).​
Le rapport note aussi des ménages “déchargés des centres nutritionnels” (116) intégrés au ciblage, et 291 ménages additionnels ayant reçu des plantules en saison B à la suite de bons rendements issus des champs communautaires.​

Ce qui a été fait : une logique “deux saisons + accompagnement”

L’approche opérationnelle décrite s’appuie sur deux saisons agricoles (A 2022 et B 2022), en respectant les standards du cluster sécurité alimentaire.​

Pour la saison A 2022, il est question d’un kit minimum de semences vivrières (maïs, haricot, arachide) et d’outils aratoires, complété par des vivres distribués comme “kit de protection des semences”.​

Pour la saison B 2022, le rapport décrit la distribution de semences maraîchères (amarante, aubergine, choux, oignon, carotte), d’outils (râteau, arrosoir) et de bio-pesticide.​

Au-delà des intrants, le rapport met en avant un effort de structuration locale : formation de 100 animateurs communautaires (techniques agricoles + PSEA), constitution de 8 COPIL (un par aire de santé), et appui de 8 moniteurs agricoles de l’IAT Fizi.​

Champs communautaires : produire, apprendre, et financer la continuité

Le rapport précise que 24 champs communautaires (d’un hectare chacun) ont été pris en location, labourés, suivis et supervisés avec l’IAT Fizi, les agronomes, les moniteurs agricoles et la coordination.​

Chaque champ a été placé sous responsabilité d’un COPIL, avec une logique de pérennisation : la production issue des champs est affectée au fonctionnement des COPIL pour maintenir l’action dans la communauté.​

Résultats : production, consommation, et signaux de stabilisation

Le rapport présente des éléments de résultats agricoles, en reliant intrants distribués et volumes récoltés (par spéculation).​

À titre d’exemple, il indique qu’un ménage ayant reçu 7 kg de maïs a récolté en moyenne 109 kg, et que sur 11 970 kg distribués, 185 450 kg ont été récoltés (maïs).​

Des résultats similaires sont mentionnés pour le haricot (7 kg reçus → 9,68 kg récoltés en moyenne, et 16 560 kg récoltés pour 11 970 kg distribués), ainsi que pour l’arachide (4 kg reçus → 61 kg récoltés en moyenne, et 104 400 kg récoltés pour 6 840 kg distribués).​

Le rapport documente aussi des indicateurs de consommation : une enquête CAP menée sur 855 ménages (50% des ménages assistés) rapporte une amélioration du SCA (ex. moyenne passant de 26,5 à 34,5), et évoque un SCA de 36,5 dans les résultats rapportés.​
Il est également mentionné que plus de 75% des bénéficiaires ont amélioré leur SCA 4 semaines après l’intervention, et que plus de 75% des ménages ont constaté une augmentation de production.​

Dans une lecture “storytelling de preuve”, cela permet d’articuler trois niveaux : résultats (récoltes), effets (consommation), et appropriation (structures COPIL/animateurs).​

Redevabilité et PSEA : réduire les risques, protéger la qualité

Le rapport indique que 18 staffs ont été formés sur la PSEA, ont signé un code de conduite, et qu’un point focal PSEA et son adjoint ont été désignés.​

Il précise aussi qu’aucun cas PSEA n’a été signalé durant la mise en œuvre du projet.​​

Coordination : autorités, inspections et bailleur

Le rapport mentionne une collaboration avec les structures étatiques, notamment l’IAT Fizi, et un suivi du projet par les moniteurs agricoles (avec un volume de supervisions rapporté).​
Il évoque aussi des visites terrain (gouvernement provincial / bailleur) et une appréciation globale de la performance.​

Leçons à retenir (et angles éditoriaux)

Une intervention FSL robuste en contexte de déplacement ressort souvent de 4 principes, que le rapport illustre concrètement :

  • Agir sur deux saisons : cela réduit le risque de “trou” agricole, et augmente la probabilité d’un changement visible au niveau ménage.​
  • Combiner intrants + compétences : la formation (animateurs, moniteurs) transforme une distribution en transfert de capacités.​
  • Structurer la gouvernance locale : COPIL + champs communautaires créent un support de continuité après projet.​
  • Prouver avec des mesures : CAP/SCA, PDM, suivis et éléments de rendement alimentent la redevabilité et la crédibilité.​

Conclusion : ce que ce bilan 2022 raconte vraiment

Le rapport annuel 2022 ne raconte pas seulement “ce qui a été distribué”, mais comment une réponse sécurité alimentaire peut être organisée pour produire des résultats, documenter l’effet, et préparer l’après.​

Il met en évidence une intervention structurée à Nundu, avec ciblage, double saison agricole, champs communautaires, formation, coordination et suivi.​

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