De l’urgence à la résilience – comment transformer une distribution de semences en mécanisme de pérennisation ?

L’un des critiques récurrentes de l’aide humanitaire d’urgence est son caractère éphémère : une fois les kits distribués et le projet clos, que reste-t-il ?

Le rapport annuel 2022 présente une réponse concrète à travers l’approche « champs communautaires + COPIL » mise en œuvre à Nundu.​

Au lieu de se limiter à une distribution individuelle (ménage par ménage), le projet a intégré une couche collective conçue pour durer au-delà du cycle de financement.

Cette stratégie repose sur trois piliers : la production collective, la gouvernance locale via les COPIL, et un transfert de compétences structuré avec les services étatiques (IAT).

Le problème : la vulnérabilité récurrente et le risque de « consommation immédiate »

Dans un contexte de déplacement et d’insécurité alimentaire (SCA faible), le risque majeur d’une distribution de semences est la consommation immédiate des intrants par les ménages affamés, ou l’absence de capitalisation pour la saison suivante.​

Pour contrer cela, le projet a mis en place une double approche :

  1. Au niveau ménage : distribution de vivres de protection (pour éviter de manger les semences) et de kits agricoles individuels.​
  2. Au niveau communautaire : création de « champs écoles » et de mécanismes de multiplication de semences gérés par des comités locaux.​

La solution : 24 champs communautaires comme « banques de semences » vivantes

Le rapport décrit la mise en location et l’exploitation de 24 champs communautaires d’un hectare chacun, répartis dans les 8 aires de santé ciblées (Nundu, Mboko, Kaboke, etc.).​
Ces champs n’étaient pas de simples parcelles de démonstration, mais de véritables unités de production dotées de moyens conséquents :

  • Intrants dédiés : par champ, 28 kg de maïs, 28 kg de haricot, 16 kg d’arachide, ainsi que des kits maraîchers complets (amarante, choux, aubergine, oignon) et outils (30 houes, 30 bêches, arrosoirs, pulvérisateurs).​
  • Suivi technique : supervision par l’Inspecteur Agricole du Territoire (IAT) et 8 moniteurs agricoles.​
  • Objectif : produire des semences de qualité pour les saisons futures et générer des revenus pour le fonctionnement du comité de gestion.​

Les résultats de production rapportés sont significatifs : par exemple, les champs communautaires ont produit en moyenne 341,25 kg de maïs et 290 kg d’arachide par champ.​
Plus intéressant encore : la production de semences maraîchères (notamment l’amarante) a permis de servir 291 ménages additionnels en saison B, prouvant que le système a généré un « surplus humanitaire » local.​

Le moteur de la pérennisation : les COPIL (Comités de Pilotage)

La structure clé de cette stratégie est le COPIL.
Le rapport indique que 8 COPIL ont été constitués (un par aire de santé).​
Ces comités ne sont pas des coquilles vides administratives, mais des organes opérationnels élus :

  • Composition : élus parmi les 100 animateurs communautaires formés, avec l’intégration de leaders locaux pour la légitimité.​
  • Mission : gérer les champs communautaires, assurer la récolte, et décider de l’usage des produits (stockage de semences vs vente pour fonctionnement).​
  • Autonomie : la production issue des champs a été explicitement affectée au fonctionnement du COPIL pour pérenniser l’action sans dépendre d’un nouveau financement externe.​

C’est ici que réside la véritable « stratégie de sortie » : CODEVAH a légué les acquis du projet (outils, stocks, savoir-faire) à ces structures locales, qui continuent d’opérer avec l’appui de l’IAT Fizi.​

Transfert de compétences : former pour autonomiser

La résilience ne se décrète pas, elle s’apprend. Le projet a massivement investi dans le capital humain :

  • 100 animateurs communautaires formés sur les techniques agricoles et la PSEA (Protection contre l’Exploitation et les Abus Sexuels).​
  • Collaboration institutionnelle : protocole signé avec l’Inspection Agricole du Territoire (IAT), qui a réalisé 257 supervisions et produit 8 rapports mensuels.​
    Ce lien avec l’IAT est crucial : il réinsère les bénéficiaires dans le système étatique normal, plutôt que de les maintenir dans une bulle humanitaire parallèle.​

Résultats mesurables : au-delà des tonnes récoltées

L’efficacité de cette approche résiliente se lit dans les indicateurs post-projet :

  • Amélioration du Score de Consommation Alimentaire (SCA) : passage d’une moyenne de 26,5 (faible) à 34,5 (limite) voire 36,5 selon l’enquête CAP.​
  • Stabilité : les ménages sont passés en « phase de stabilité » selon les métadonnées de l’enquête.​
  • Appropriation : les visites de terrain montrent que les bénéficiaires ont commencé à vendre des semences (amarante) aux autres membres de la communauté, développant un « business » local autonome.​

Leçon pour le secteur : le « cycle ouvert »

Le rapport mentionne explicitement la sensibilisation au « cycle ouvert » : encourager les bénéficiaires à garder une partie de leur récolte comme semence pour les saisons futures.​
Contrairement à l’aide d’urgence classique qui s’arrête à la consommation, cette approche vise à briser la dépendance aux distributions annuelles.
Les photos du rapport (champs de multiplication d’amarante, vente de choux à Ake) témoignent de cette dynamique : le projet s’est arrêté, mais l’activité agricole continue.​

Conclusion : une sortie responsable

Ce projet FSL à Nundu illustre qu’il est possible de faire de l’urgence (réponse aux déplacés) tout en construisant de la résilience.
En investissant dans des structures locales (COPIL) et des actifs productifs communs (champs communautaires), CODEVAH a transformé une ligne budgétaire temporaire en capacité durable.
Pour les acteurs humanitaires, c’est un modèle à répliquer : la réussite ne se mesure pas seulement au nombre de kits distribués, mais à ce qui pousse encore dans les champs un an après le départ des ONG.

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